Commutativité

Le théorème spectral pour les opérateurs auto-adjoints et normaux et le calcul fonctionnel peuvent également être utilisés pour résoudre certains problèmes concernant la commutativité. C’est un sujet profond et vaste ; nous en discutons deux théorèmes, plus pour illustrer certaines méthodes que pour les résultats eux-mêmes.

Théorème 1. Deux transformations auto-adjointes A et B sur un espace produit scalaire de dimension finie commutent si et seulement s’il existe une transformation auto-adjointe C et deux fonctions à valeurs réelles f et g d’une variable réelle telles que A = f ( C ) et B = g ( C ) . Si un tel C existe, alors on peut même choisir C sous la forme C = h ( A , B ) , où h est une fonction convenable à valeurs réelles de deux variables réelles.

Démonstration. La suffisance de la condition est évidente ; nous démontrons seulement la nécessité.

Soient A = i α i E i et B = j β j F j les formes spectrales de A et de B ; comme A et B commutent, il résulte du Section : Théorème spectral , Théorème 3, que E i et F j commutent. Soit h une fonction quelconque de deux variables réelles telle que les nombres h ( α i , β j ) = γ i j soient tous distincts, et posons C = h ( A , B ) = i j h ( α i , β j ) E i F j . (Il est clair que h peut même être choisie comme un polynôme, et il en va de même des fonctions f et g que nous allons décrire.) Soient f et g telles que f ( γ i j ) = α i et g ( γ i j ) = β j pour tous i et j . Il s’ensuit que f ( C ) = A et g ( C ) = B , et tout est démontré. ◻

Théorème 2. Si A est une transformation normale sur un espace unitaire de dimension finie et si B est une transformation arbitraire qui commute avec A , alors B commute avec A .

Démonstration. Soient A = i α i E i la forme spectrale de A ; alors A = i α ¯ i E i . Soit f une fonction (polynôme) d’une variable complexe telle que f ( α i ) = α ¯ i pour tout i . Puisque A = f ( A ) , la conclusion s’ensuit. ◻

EXERCICES

Exercice 1. 

  1. Démontrer la généralisation suivante du théorème 2 : si A 1 et A 2 sont des transformations normales (sur un espace unitaire de dimension finie) et si A 1 B = B A 2 , alors A 1 B = B A 2 .
  2. Le théorème 2 affirme que la relation de commutativité est parfois transitive : si A commute avec A et si A commute avec B , alors A commute avec B . Cette formulation reste-t-elle vraie si A est remplacée par une transformation arbitraire C ?

Exercice 2. 

  1. Si A commute avec A A , s’ensuit-il que A est normale ?
  2. Si A A commute avec A A , s’ensuit-il que A est normale ?

Exercice 3. 

  1. Une transformation linéaire A est normale si et seulement s’il existe un polynôme p tel que A = p ( A ) .
  2. Si A est normale et commute avec B , alors A commute avec B .
  3. Si A et B sont normales et commutent, alors A B est normale.

Exercice 4. Si A et B sont normales et semblables, alors elles sont unitairement équivalentes.

Exercice 5. 

  1. Si A est hermitienne, si chaque valeur propre de A a la multiplicité 1 , et si A B = B A , alors il existe un polynôme p tel que B = p ( A ) .
  2. Si A est hermitienne, alors une condition nécessaire et suffisante pour qu’il existe un polynôme p tel que B = p ( A ) est que B commute avec toute transformation linéaire qui commute avec A .

Exercice 6. Montrer qu’un ensemble commutatif de transformations normales sur un espace unitaire de dimension finie peut être diagonalisé simultanément.